“Imaginer collectivement un autre modèle pour construire la ville de demain”, interview de Marc Gomez, président de l’Aura Hlm

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Quels sont les grands enjeux nationaux qui percutent selon vous le Mouvement Hlm?

Nous connaissons depuis trois ans un contexte particulier. À l’heure des crises successives (sanitaire, guerre aux portes de l’Europe, inflation, augmentation des taux, augmentation des prix des matériaux et des denrées, etc.), aménager et construire des villes accessibles à tous, inclusives, décarbonées et peu consommatrices de ressources s’accompagne de nouvelles complexités, voire paradoxes, avec des effets qui impactent fortement le Mouvement Hlm et les citoyens.

Les grands enjeux nationaux pourraient se résumer en trois défis majeurs : climatiques, économiques et sociétaux (vieillissement de la population, précarisation croissante, incertitudes, soudaineté ou remise en cause des modèles établis…). Aucun acteur ne peut s’exonérer de sa responsabilité dans les changements indispensables à mener pour y répondre. Disposer d’un logement digne et abordable dans un cadre urbain ou rural, agréable et respectueux de l’environnement, respectueux des attentes, sont des objectifs partagés par tous les dirigeants des organismes Hlm.

Comment relever ces défis?

Nous avons besoin de faire alliance. Nous avons besoin de nous synchroniser, de travailler ensemble. Cette alliance doit se faire avec d’autres acteurs importants et indispensables que sont les collectivités, l’État, les partenaires économiques, financiers et tout acteur dont l’intervention a un impact positif sur les enjeux des habitants et des territoires. Il nous faut réfléchir autrement pour agir différemment. La loi Climat et résilience, la Stratégie nationale bas-carbone pour le bâtiment, le Zéro artificialisation nette (ZAN), comme l’entrée en vigueur de la RE 2020, pour ne citer que ceux-là, nous obligent collectivement à imaginer un autre modèle pour construire la ville de demain. Le rôle de chacun doit être interrogé avec franchise et humilité : élus, aménageurs, architectes, maîtres d’ouvrage, etc.

La terre, ce bien commun, nous a démontré sa formidable capacité à se réparer, se regénérer durant ces deux années de pandémie. Dans cette volonté de prendre soin de ce bien commun et de nous-mêmes, il est impératif de dépasser le stade du diagnostic sur notre situation, du débat permanent, pour passer à l’action de masse. Conscients des enjeux qui nous impactent déjà, il nous faut cesser de nous affronter pour justifier ce qui ne peut l’être. Pourquoi opposer un scénario de frugalité à un scénario technologique ou inversement? Nous ne pouvons agir seuls. Nous sommes confrontés aux mêmes enjeux. Il est essentiel de partager cette réalité qui s’impose à nous pour apporter des réponses plurielles et adaptées. Comment aménager nos territoires et prendre en compte leurs diversités? Comment avoir une approche plus systémique?

Il est temps de mettre en place des stratégies de rupture pour mieux répondre aux besoins des citoyens, et tout cela en intégrant une équation financière toujours très délicate, mais qui devra être cohérente.

Quels sont les enjeux les plus saillants en Auvergne et en Rhône-Alpes?

Au sein de l’Association régionale, les 85 bailleurs gèrent un patrimoine de 585000 logements. Ils sont mobilisés sur tous les fronts et dans l’ensemble des 12 départements de la région : de la construction de logements (près de 13000 logements agréés par an), en passant par les actions en cœur de ville (25), sans oublier les opérations importantes de rénovation urbaine (53 projets), et de réhabilitations (80% des logements que nous habiterons en 2050 existent déjà). Les bailleurs sociaux en Auvergne-Rhône-Alpes réhabilitent chaque année 11000 logements, dont 4000 en BBC. Ils sont engagés dans de multiples actions pour décarboner les modes de chauffage, utiliser des énergies vertueuses, privilégier l’utilisation de matériaux biosourcés en favorisant les approvisionnements locaux.

L’objectif est d’amener l’ensemble des bâtiments du parc social au niveau BBC à l’échéance 2050, de diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre à cette même échéance et de diviser par 2 le rythme d’artificialisation des sols dans les 10 ans à venir.

Comment atteindre la neutralité carbone dans votre inter-région?

Pour aller quatre fois plus vite que le rythme actuel de réhabilitation, nous devons engager une démarche de massification qui optimisera les commandes des organismes Hlm et accompagnera la structuration des filières locales du bâtiment. Savoir unir nos forces pour faire plus vite, plus loin et changer véritablement de paradigme, est un incontournable pour notre profession. La taille de notre parc est un atout pour peser et pour aborder les enjeux à la bonne échelle.

La réhabilitation du parc existant est un des secteurs d’intervention où les organismes peuvent être leaders et rester maîtres de leur patrimoine, en associant nos parties prenantes : financeurs et collectivités, en faisant valoir notre expertise et nos savoir-faire. Ce domaine nous permet également de nous positionner auprès des entreprises de notre région comme commanditaire de 1er rang.

Ce rôle, nous voulons l’utiliser pour accélérer la création et l’organisation de filières et participer à la structuration d’un écosystème d’entreprises en mesure de répondre aux enjeux d’industrialisation et de massification. Le tissu des entreprises est très important : 2e région de France avec 82000 entreprises, 1400 sièges sociaux dans le BTP et 466 entreprises et établissements de matériaux. Le montant des investissements annuels des bailleurs régionaux, rien que sur l’amélioration de leur parc, est de plus de 800M€/an. Ce montant sera largement dépassé demain.

À l’heure du ZAN, le renouvellement urbain et l’avenir du parc existant doivent entrer dans une nouvelle dimension et réinterroger les politiques publiques en matière d’objectifs et de financements.

Comment ces enjeux se traduisent-ils dans la diversité des territoires de votre région?

Notre région, avec une superficie équivalente à un pays comme l’Irlande (70000km2, soit 13% du territoire métropolitain) est l’une des toutes premières régions en Europe, plus peuplée que 13 des 28 pays de l’Union européenne. Elle se caractérise par une diversité de territoires qui se complètent et les bailleurs contribuent à leur développement dans leurs richesses et diversités. Ils logent plus de 1,2 million de personnes et proposent une qualité de produits neufs (en locatif comme en accession), adaptés au contexte et aux marchés locaux, en créant de nouveaux types d’habitat (modulaires, écologiques, ouverts sur la ville) pour tenir compte de la spécificité des publics (seniors, jeunes, saisonniers, personnes en situation de handicap). Dans ce contexte régional pluriel, il faut continuer à diversifier cette offre, inventer de nouveaux produits qui tiennent compte des aspirations des ménages et de l’évolution des modes de vie (intégration du télétravail, espaces extérieurs), fluidifier les parcours pour générer un renouvellement de la ville par la qualité, afin d’en renforcer l’attractivité. Les bailleurs sont riches de leur savoir-faire de généralistes de l’habitat, aménageurs, constructeurs et opérateurs des politiques locales, dans les territoires en développement (portés par les métropoles de la région) comme dans les territoires en mutation (dits détendus).

Pourquoi préférez-vous parler de “territoires en mutation” plutôt que de “territoires détendus”?

L’approche territoires tendus et territoires détendus est beaucoup trop simpliste et binaire au regard de la réalité des territoires ! Tous méritent qu’on s’intéresse à eux, à partir du moment où des ménages décident d’y vivre. Il faut les accompagner dans une dynamique positive, avec une volonté politique de définir un avenir. Pour cela, il faut sortir de la logique des appels à manifestation d’intérêt et renforcer la possibilité d’adapter localement des politiques définies nationalement. Le pouvoir d’adaptation locale doit être une pièce maîtresse de la politique en faveur de ces territoires en mutation.

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