France Stratégie fournit un portrait-robot des meilleures stratégies de rénovation du parc résidentiel

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Maximiser et prioriser les actions de rénovation du parc résidentiel à l’aune des coûts d’abattement socioéconomiques, c’est l’approche originale utilisée par France Stratégie. L’institution placée auprès d’Elisabeth Borne, qui publie depuis plusieurs mois des travaux sectoriels (transports, électricité, hydrogène), pour mesurer les gains de l’action publique, en a présenté, ce 30 novembre, la partie consacrée au logement, un secteur en première ligne des objectifs de neutralité carbone de la France en 2050. 

Définir des stratégies opérationnelles de décarbonation du secteur du logement au niveau national, vaste question, à laquelle France Stratégie entend apporter sa pierre dans un rapport, présenté ce 30 novembre, fondé sur les coûts d’abattement socioéconomiques – c’est-à-dire les coûts rapportés aux émissions évitées – de différentes solutions de rénovation du parc résidentiel. Et pour cause, la France reste à la traîne en la matière, alors que le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) représente 45% de la consommation totale d’énergie finale en France (720 TWh en 2019), dont près des deux tiers dans le résidentiel, et 17% des émissions territoriales de gaz à effet de serre. Un constat déjà dressé par le Haut Conseil pour le climat (lire notre article du 24 novembre 2020) auquel se range France Stratégie, épinglant à son tour “des politiques en place non optimales”, à l’exemple de MaPrimeRénov’, qui ne semble toujours “pas complètement répondre à la nécessité de soutenir davantage les rénovations globales”. Si les dernières mesures mises en place, avec un renforcement des moyens financiers du plan de relance et le recours accru à des obligations dans la loi Climat et Résilience, “permettront de renforcer l’effort de décarbonation dans le secteur,  il n’y a toutefois pas de garantie qu’elles soient pleinement suffisantes et adaptées”, estime France Stratégie. Le potentiel effectif des actions de sobriété est par ailleurs difficile à mesurer (de l’ordre de 20% à 30% d’émissions du secteur résidentiel-tertiaire dans les scénarios les plus ambitieux). 

De grandes incertitudes 

La difficulté de l’exercice tient en outre aux multiples incertitudes qui pèsent sur le secteur résidentiel, non seulement s’agissant des prix futurs des énergies et de la capacité des producteurs d’énergie faiblement carbonée (dont l’électricité) à répondre à la demande, mais également des coûts et de la performance effective des travaux de rénovation. Aussi, dans l’arbitrage entre performance des rénovations (isolation, par exemple) et décarbonation du secteur (passage d’une chaudière fioul à une chaudière bois, par exemple), le rapport propose de ménager la chèvre et le chou, autrement dit, “pousser loin à la fois les gains d’efficacité et la décarbonation du mix énergétique, qui elle-même devra s’appuyer sur des sources diversifiées (électricité via pompes à chaleur aérothermique ou géothermique ; bois ; réseaux de chaleur d’origine renouvelable ; biogaz) en particulier dans le contexte énergétique actuel”. Cela passe par “des rénovations ambitieuses” sur la plupart des logements. Pour ce faire, France Stratégie appelle à considérer des actions de rénovation globale (permettant l’atteinte des étiquettes A, B ou C) ou a minima de rénovations par étapes cohérentes, faute de capacité démontrée des rénovations par gestes, aujourd’hui majoritairement mises en oeuvre, à atteindre les plus hautes performances. 

Faire dans la dentelle

La “forte hétérogénéité” des parcs de bâtiments (collectifs ou individuels, immeubles anciens, modes de chauffage, surface, etc.) est à prendre considération, souligne le rapport, qui prône “des actions différenciées”. Des normes fondées en particulier sur le seul critère d’étiquette DPE (diagnostic de performance énergétique) pourraient avoir pour résultat “des trajectoires non optimales”, relève-t-il, “même si la récente refonte du DPE devrait permettre d’atténuer ce risque”. La diversité des acteurs constitue une autre dimension de l’hétérogénéité du secteur. France Stratégie fait ainsi ressortir des freins organisationnels à l’investissement dans la rénovation, par exemple au sein de copropriétés où des problèmes de coordination peuvent apparaître, lorsque les propriétaires bailleurs ne supportant pas la facture énergétique ne voient pas d’incitations à rénover, ou encore lorsque des contraintes de crédit pèsent sur certains ménages. Des “barrières de marché” (capacité du secteur de la rénovation/capacité de financement des acteurs) y sont associées, d’autant plus importantes que les actions nécessitent de lourds investissements initiaux qui ne peuvent se rentabiliser que sur un temps très long. Et bien d’autres écueils sont aussi à éviter pour ne pas surévaluer les gains potentiels. 

Cibler les passoires thermiques et la précarité

17% des résidences principales, soit 5,2 millions de logements, sont des “passoires thermiques” (étiquettes DPE F et G). Un véritable gisement… Les logements chauffés au fioul et des logements d’étiquettes F et G chauffés au gaz (pour lesquels les rénovations très performantes, avec électrification via les pompes à chaleur et l’isolation, permettent d’amener à l’étiquette B par exemple) sont donc la cible. La rénovation des logements occupés par des ménages en situation de précarité énergétique (5% des logements), dont beaucoup sont sur un système de chauffage électrique, étant cependant “la première des priorités”, insiste France Stratégie. Ces actions de rénovation généreraient dans les cas de précarité énergétique “des gains sanitaires justifiant à eux seuls la rénovation”. Le rapport appuie par ailleurs l’ambition d’un rythme “soutenu” de rénovations pour les dix années à venir, avec notamment l’objectif prévu dans la loi de suppression des passoires thermiques à l’horizon 2028. Dès 2025, une rénovation très performante vers l’étiquette B (type “BBC rénovation”) avec électrification serait socio-économiquement rentable pour 5,8 millions de logements. Cela concernerait la plupart des logements chauffés au fioul et un peu plus de la moitié des logements F et G chauffés au gaz . À l’horizon 2030, cela concernerait plus de 12 millions de résidences principales (soit plus du tiers) de toutes les étiquettes. A terme, l’objectif d’un parc résidentiel rénové au niveau BBC “pourrait être réinterrogé dans une certaine mesure”, souligne également France Stratégie. Des rénovations vers l’étiquette C avec électrification du vecteur pourraient en effet réduire significativement les coûts d’abattement en comparaison à des rénovations au niveau BBC rénovation (vers B), “pour l’atteinte d’un même objectif national”. Une option néanmoins tempérée :  “l’électrification du parc, avec notamment des systèmes performants type pompes à chaleur air-eau ou géothermiques, représente un potentiel d’abattement important mais ne peut-être en aucun cas considérée comme l’unique solution, en particulier dans le contexte énergétique actuel”. 

Pour finir, quelques éléments issus d’une étude réalisée par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) en 2020 sont présentés sur le parc tertiaire dans un dernier volet du rapport, ainsi que sur le déploiement des réseaux de chaleur urbains à partir d’un cas d’étude s’appuyant sur des données obtenues sur le projet d’extension du réseau de la métropole de Grenoble. 

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